Retour gagnant
THE STOOGES "THE WEIRDNESS"
Les prestations live de ces dernières années et la participation des frangins Asheton sur "Skull Ring" d'Iggy Pop étaient donc de bonne augure, une des machines de guerre les plus déglinguée que le rock'n roll n'est jamais connu se reforme.
"Mais qui c'est que c'est les Stooges ? " murmure déjà la part d'indécrottable imbécile qui sommeille en toi lecteur(euse). Récapitulons donc. 1969, The Stooges, groupe composé de Scott Asheton (batterie), Ron Asheton (guitare) David Alexander (basse) et d'un certain Iggy Pop ( si là ça ne vous dit rien c'est à désespérer ! ) jettent un premier pavé dans la marre ( l'album "The Stooges" ) d'un rock devenu trop babacoulo-cérébral, coup de semonce gorgé de groove primaire, de guitares rageuses, de morceaux foutraques, de provoc salvatrice, qui doit autant à la British Invasion , qu'au blues de Detroit voire même qu'à la montée du free jazz. Suivront ( en 1970 et 73 ) deux autres albums tout aussi indispensables ( "Fun House" et "Raw Power" ) avant que le groupe camé jusqu'à la moelle n'explose en vol, laissant un bassiste sur le carreau. Seul Iggy Pop traversera les eighties et nineties à peu près dignement au cours d'une carrière solo façon montagne russe. Le cours d'histoire est terminé veuillez accrocher vos oreilles, revenons en à "The Weirdness".
The Stooges n'ont jamais fait dans le consensuel, jamais fait dans le buisness, pas de risque donc de les voir se reformer pour des raisons bassement mercantile. Me voilà donc avec dans ma mimine tremblante une des sorties les plus excitantes de l'année, le nouvel opus du groupe le plus dangereux de tous les temps . Seul souci .... est-on encore vraiment rageur et déjanté quand on approche de la soixantaine ?
Le doute se dissipe vite , dès ce "Trollin'" qui nous fait comprendre que les pépés , n'ont pas bouger d'un poil, que non, The Stooges ne sortiront jamais l'album de la maturité et continueront à faire ce rock jouissif et rétrograde.
Les morceaux se succèdent avec la même hargne qu'aux premiers jours, comme une bonne rafale de directs à la mâchoire, compacts , efficaces, cradingues et débraillés. Parmi les petites pépites , on notera "Mexican guy" et son gimmick à la "1969" ( morceau inaugural du premier album ), "My idea of fun", rouleau-compresseur en guise de single , et le sublime "The Weirdness" ou Iggy Pop joue au crooner sur un down tempo imparable qui oscille entre classe internationale et slow désarticulé pour alcooliques anonymes .
Les frangins Asheton, transformés par l'âge et le vice en Laurel et Hardy version trash prouvent quant à eux qu'il n'est absolument pas nécessaire d'être une flèche de technique pour assembler de leur touche si particulière la colonne vertébrale d'un morceau et même d'un album entier. Iggy lui n'a jamais aussi bien mal chanté. En clair rien n'a bougé depuis 1974, ranger vos boites de Viagra, les papy bandent encore.
Seule petite ombre au tableau, la production de Steve Albini, si elle fait la part belle au son cradingue de rigueur pour un tel brûlot, penche parfois trop ( sur les guitares notamment ) du côté hard-rock de bikeur les mains dans le cambouis, au lieu du bon vieux fuzz vrille tympans.
"The Weirdness" reprend donc les choses là où "Raw Power" les avait laissé, nouveau chapitre de l'histoire d'un groupe majeur de l'histoire du rock, à qui tous les groupes et courants musicaux de ces vingts dernières années, des Sex Pistols à Nirvana, du punk à la new wave, des Whites Stripes aux Bellrays doivent quelquechose, ne serait-ce que leur simple existence . Ses membres peuvent viellir, The Stooges eux , ne prennent pas un ride .
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