Le feu sans l'artifice
NEIL YOUNG "LIVE AT MASSEY HALL"
Faut-il encore présenté Neil young ? Est-il encore nécessaire de louer The Loner , qui au sein de Buffalo Springfield, de Crosby Still Nash and Young ou tout seul sur son Crazy Horse s'est imposé comme un artiste unique, intègre et incontournable de la musique populaire moderne ? Oui, lecteur(euse) Neil Young , c'est bien cette grande gigue aussi canadienne que sa chemise dont la carrière oscille depuis ses débuts entre folk acoustique et mur du son électrique. Et quand bande de nouilles, on a jamais mis entre ses esgourdes les chef d'oeuvre que sont "Harvest", "After the gold rush" et "On the beach", on a plutôt intérêt à filer se les choper ( en vinyle de préférence ), sous peine de mourir comme le dernier des cons.
Nous retrouvons donc ici Neil Young âgé d'à peine un quart de siècle pour une performance tout seul de chez tout seul, à la maison, au Massey Hall de Toronto.
Certes, ça fout toujours un peu la trouille de voir les maisons de disques dépoussiérer des archives sonores inédites. On flaire toujours plus sur ce genre de coup la bonne odeur du billet vert que l'inspiration éclairée du directeur artistique passionné. Sauf que là, on parle de Neil Young, du seul gugus qui n'aurait jamais lâché un carreau de sa chemise ou un brin d'herbe de son ranch au music-buisness.
Encore une fois n'y allons pas par quatre chemins, cette album est énorme, et ce pour une flopée de raisons, que vous allez vous ramasser en vrac sur le champ.
Tout d'abord, ce live est unique, dans sa forme même, car ça fait quand même bien chaud au coeur de se fader une prestation du grand Young tout seul sur son os ou son piano , pour des versions de titres mythiques réduits à leur plus simple squelette et qui s'offrent à nous dans leur plus simple appareil. L'occasion de découvrir que ses chansons, politiquement engagées ( "Ohio" ) ou plus personnelles ( "Don't let it bring you down", "Helpless"... ) sont des petites merveilles de songwriting, d'émotion rêche, que le jeu de guitare allié à la voix nasillarde et haut perchée du Loner transcendent à eux seul. Nom d'un vieux barbu, j'en ai les poils rien que d'en parler.
Ensuite parce qu'historiquement cette performance est diablement intéressante. Située en 71, ce concert propose certes de superbes versions de morceaux déjà parus, mais contient aussi les esquisses du futur coup de maître,"Harvest", qui sortira l'année suivante. Ainsi on trouve excusez du peu des versions plus ou moins avancées de "Old Man", "A man needs a maid" ( enchaîné sur "Heart of Gold" comme si les deux morceaux ne devaient au départ faire qu'un ) , "The needle and the damage done", qui permettent d'entrevoir le cheminement artistique de Neil Young. Et quand Maitre Young laisse apparaître les coulisses de son oeuvre, ce n'est pas juste intéressant, c'est tout bonnement inespéré.
Enfin , moi , quand on me dit "archive" , je tremble toujours à l'idée de me retrouver avec un enregistrement façon pointe du Raz par grand vent , réalisé par Mike, éboueur charcutier à mi-temps, tombé là au bon moment avec son dictaphone. Que nenni . La qualité sonore est splendide, et capture bien l'ambiance du concert dans son intégrité, restituant bien les finesses des instruments et de la voix , et ne s'embarrassant pas d'editing foireux pour laisser les quelques mots de Young à son public, bribes de phrases qui permettent de cerné un bonhomme humble et introverti à l'humour pince sans rire.
Seul souci , à force d'écouter ce disque on finit par se dire qu'on est vraiment né une bonne trentaine d'années trop tard, et qu'aujourd'hui on a autant de chance de voir Neil Young en concert que de voter pour un immigré Hongrois au premier tour d'une présidentielle. Heureusement, le concert audio est accompagné d'un dvd qui va bien. Franchement que demander de plus si ce n'est à son index d'appuyer sur replay ?
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